Localisation : Route de Pomerol à Saint-Emilion
Type d’aménagement : Plantation, toit terrasse, arrosage, terrasse bois, paillage…
Maître d’œuvre : Château Cheval Blanc
Paysagiste : Régis Guignard
Un jardin suspendu de 3 100 m 2 a été aménagé sur la terrasse du chai métamorphosé en belvédère du prestigieux vignoble Saint-Émilion. Un pari paysager traité avec rigueur, simplicité et efficacité. Posé sur les 37 ha de son vignoble, le nouveau chai du grand crû Saint-Émilion Château Cheval Blanc dessiné par Christian de Portzamparc qui ignore les lignes droites. Celles des rangs de vignes disciplinés qui l’entourent à perte de vue comme celles de l’ordonnance du château. Ses formes de béton tout en courbes, au-dedans et au-dehors, rompent avec le jeu orthogonal et propose un nouvel équilibre. Cette étrange et harmonieuse silhouette ondulante de blanc immaculé habille « les grandes orgues » de Pierre Lurton.
Chaque visiteur peut fouler le toit de la coque protectrice transformé en jardins. Son concepteur, le paysagiste Régis Guignard, appelle cette immense terrasse « la crinière », ses mouvements ondulatoires se poursuivant là-haut sur un « terrain » de 76 m de long et 44 m de large. Pour y parvenir, il suffit d’emprunter un grand escalier extérieur aux marches d’ipé, bordées d’une bande de prairie montante de Graminée qui va s’élargissant. Entre les longues touffes vertes, on aperçoit les fleurs bleutées des géraniums australiens et les petites coques grises des spots d’éclairage. « Nous avons fabriqué un point de vue » souligne Régis Guignard depuis ce belvédère aménagé 12 m au-dessus du sol et lançant la formule de « paysage spontané » pour qualifier cette terrasse en mouvements, « en contraste avec l’ordonnancement martial du vignoble ».
Une quinzaine d’arbustes et d’arbres émerge de temps à autre tous en cépée « pour ne pas introduire de disproportion avec le chai » précise le paysagiste. Ces repères arboricoles et arbustifs fonctionnent aussi comme « raccords » avec les bouquets d’arbres environnant, que ce soient les grands pins et les cèdres de Château ou les grands sujets des domaines voisins en perspective. La cage de l’ascenseur a été traitée en chèvrefeuille et les voiles de béton du chai seront à terme recouverts de vigne vierge. Pour de prochaines tranches, se profile un projet de miroir d’eau devant le chai et la plantation d’une collection de chênes, le bois qui fait le vin.
Au niveau des plantations de faibles hauteurs, une cinquantaine d’espèces de plantes et d’arbres compose un parterre qui repose avant tout sur « beaucoup d’exigences ». « Nous avons voulu rester simples, efficaces, essentiels. Pour enraciner toutes ces graminées qui ondulent sous le vent il a fallut répartir une épaisseur de 40 cm de terre (composée de 80 % de sable et de 20 % de substrat avec un peu de mulch). Graminée pennisetum et Deschampsia cespitosa ont été sélectionnées pour leur taille, leur forme et leur couleur verte. Le tapis de graminées est animé par des semis de bleuets Centaurea et de Nigelle de Damas qui restent, avec le lin, dans la palette des bleus, des blancs ou des jaunes. Cette palette végétale constitue un clin d’œil à la végétation autrefois présente sur le site viticole. Une touche différente a été apportée avec des campanules au Sud et des geraniums australiens au Nord, l’arrosage goutte à goutte puisant sa ressource dans la nappe phréatique qui affleure.